Balades entre réel et imaginaire

Alors que la midwinter se profile, et avec le jour le plus court, à savoir peine 1h30 de soleil rasant l’horizon, les sorties hors du périmètre de l’île des Pétrels se font de plus en plus rares, car il nous est interdit de sortir la nuit. Aussi, après plusieurs jours « enfermés » sur notre île, pris entre nos routines de travail, de service base (jour dédié, chacun notre tour et par deux, au service des repas et au nettoyage des lieux de vie communs), et d’activités diverses, le besoin de fouler la banquise pour respirer un grand coup se fait pressant.

Celle-ci est très changeante, semblant presque prendre vie à la lumière du clair de lune par ses changements de couleurs et d’aspects : parfois glace éclatante et lisse, parfois défigurée par d’innombrables amas de neiges consécutifs à une tempête. Ceux-ci sous l’effet du vent se dispersent et recouvrent la banquise, alors ravissante mais un brin espiègle : ses aspérités (et donc parfois des trous où l’on s’enfonce volontiers jusqu’aux cuisses) sont cachées par un voile continu de poudreuse aussi très volatile.

Un dimanche ou la météo s’annoncait clémente (entrendre par là froide mais sans vent), Coline nous envoie à 10h le mail suivant :

« Coucou les chatons, j’irai bien me balader today, des motivés ? »

Outre le fait d’être surpris par la formule de politesse fort aimable de notre ornitho, qui d’habitude commence plutôt par un « salut les lopettes » ou autres sobriquets que la bienséance m’interdit de retranscrire (allez pour le plaisir, le mien c’est « connard de Lidar » mais c’est affectif je précise, c’est sa façon de nous dire qu’elle nous aime!), je suis emballé par cette idée, même si je n’ai dormi que 4 heures suite à ma nuit de mesure.

Après un repas du dimanche toujours aussi copieux à base de cote de bœuf, gratin de courgettes, vin rouge et crumble aux pommes, nous partons explorer quelques icebergs dont un, creusé de l’intérieur, intrigue autant qu’il fascine. La balade dura environ 1h30 durant laquelle nous avons contemplé les jeux de lumières à l’intérieur de cet icerberg, parlé de chose et d’autres sur le chemin, pris la pause devant le coucher du soleil et où Elodie en a profité pour faire des vidéos pour un film qu’elle réalise sur les manchots Empereurs. Voila la résumé photo !

La base vue de la banquise

La base vue de la banquise

En route!

En route!

Arrivée au berg creusé

Arrivée au berg creusé

François fait une petite pause…

François fait une petite pause…

Etienne et Kevin

Coline à l’entrée de l’iceberg

Kevin en mode grand froid

Coucher de soleil sur les bergs

Coucher de soleil sur les bergs

Coucher de soleil sur les bergs

Coucher de soleil sur les bergs

Tour du « Cirque »

Tour du « Cirque »

Tour du « Cirque »

Tour du « Cirque »

 

Quelques jours plus tard, seconde balade, seconde ambiance. A la demande du médecin Pierre-Emmanuel, le chef de district Serge nous a autorisé une sortie de nuit sur la banquise ! Nous allons enfin pouvoir profiter de la nuit étoilée Antarctique au clair de Lune. Nous partons donc à une dizaine, équipé de notre obligatoire sac banquise (comportant une corde en cas de chute dans une crevasse, des vêtements secs contenu dans un sac imperméable, des chaufferettes pour mains et pieds, bonnet et gants en rab, collation) de nos microspikes pour l’adhérence des boots, de nos appareils photos et lampes frontales ! La nuit choisie est belle mais très extrêmement froide, près de -27 degrés : alors on prend bien le temps de s’équiper, triple plaire de chaussettes et de gants, masques, sous vêtements thermiques, protège cou… La sensation de froid est trompeuse, la première heure dehors, en particulier si l’on marche, se passe toujours bien. On se demande alors presque pourquoi on s’est autant embêté mais d’un coup, en quelques minutes, à la faveur d’une pause ou d’une rafale de vent, le froid vous saisi tout entier. Vos extrémités perdent en sensibilité dans un premier temps, puis se mettre à brûler lorsque vous essayez de les bouger : la douleur est particulièrement vive, mais heureusement courte si l’on a pensé à emporter des chaufferettes. Par contre au delà de 4 heures dehors, même bien équipé, le froid devient presque insupportable, tout votre corps se crispe (parfois accompagné d’un vif mal de crâne) et vous réclame un peu de pitié. Il est alors de temps de rentrer, au moins le temps d’un café chaud.

Ces considérations en tête, la balade fut tout simplement grandiose. La lumière du soleil réfléchie sur la Lune éclairée la banquise d’un éclat sans pareil. Les icebergs (ou plus communément bergs) semblaient parfois flotter sur un tapis grisâtre, donnant l’impression de marcher sur territoire inconnue de la Terre. A croire que nous étions sur la Lune, pourtant à l’origine de la lumière provoquant cette sensation. Certains font le parallèle avec certaines planètes de l’univers de Star Wars, cela a un peu de ça en effet. Le groupe se scinde en deux, certains voulant continuer la marche que nous avions commencé. De mon côté, accompagné de Cyril, Dorian et Aurélien, je reste près d’un berg surnommé « le cirque » afin de profiter du ciel. Je m’allonge sur le sol gelé, bien isolé par mes trois couches de vêtements et ma VTN (veste adaptée au grand froid). Je reste bien 15 minutes ainsi, me paraissant une éternité, éternité que je partage alors avec les étoiles dont l’éclat multi-milliardaire me plonge dans un état second. Je suis seul, n’entend plus mes camarades, je plane au dessus des bergs et de DDU, pensant à tout et à rien à la fois, réfléchissant à la vie, nos vies, ma vie, leurs vies (celle des autochtones des exoplanètes autour des lointaines galaxies) puis sombrant dans un néant de réflexion propice à un détachement total : plus rien n’a d’importance dans ces moments-là.

N’ayant pas amené mon appareil photo lors ce cette balade nocturne pour cause d’entretien nécessaire, je laisse Cyril, Coline et Alex vous donner le résumé photo.

Décor lunaire. Photo: Alexandre Flouttard

La base sous le clair de Lune. Photo: Alexandre Flouttard

Iceberg de nuit. Photo: Coline Marciau

Iceberg de nuit. Photo: Coline Marciau

Iceberg de nuit. Photo: Coline Marciau

Contemplation de la Voie Lactée. Photo: Cyril Delphin

La Lune, phare de la nuit Antarctique. Photo: Cyril Delphin

 

Ça ne brasse pas que du vent à DDU !

Parmi mes hobbies se trouve le brassage de bière artisanale. Dès que mon recrutement par l’Institut Polaire fut confirmé, j’ai de suite imaginé brasser à partir de la glace antarctique : quoi de plus noble que de faire un breuvage à partir d’eau multi-millénaire ! J’ai donc apporter de quoi satisfaire la curiosité autant que le gosier de mes camarades : malt, houblons, levures et matériel divers (cuve de fermentation, densimètre, thermomètre, capsules…).

La bière est (principalement) élaborée à partir d’orge, qui subit un procédé de maltage, dont le but est d’obtenir un grain friable à partir d’un grain dur. Plus le malt sera grillé, plus il donnera une couleur foncée à la bière. Il existe plusieurs procédés pour brasser de la bière mais nous pouvons résumer le processus ainsi :

-le malt (ou les mélanges de malt suivant la recette voulu) est d’abord concassé afin de faciliter l’extraction de l’amidon de la céréale. Le produit du concassage est versé dans de l’eau qui sera progressivement amenée à différents paliers de températures : c’est l’empatage. Cette étape active certaines protéines du malt, transformant alors l’amidon en sucre (fermentescibles et non fermentescibles).

-Une première filtration sépare les céréales gorgées d’eau, les drêches, du liquide sucré appelé le mout. L’étape suivante consiste à ajouter le houblon au moût, ce qui déterminera l’amertume et les arômes de la bière. Or les composés du houblon (les acides alpha et beta) sont très peu solubles dans l’eau froide. C’est pourquoi il faut porter le moût à ébullition pendant une durée tournant autour de 80 minutes. Le temps (et donc les différentes durées possibles) durant lequel est laissé le houblon dans le moût bouillant permet de choisir le niveau d’amertume et aromatique de la bière.

-Le moût est ensuite refroidi, le plus rapidement possible pour éviter toute contamination (le brassage nécessite une hygiène rigoureuse) puis filtré. La densité du moût est alors mesurée grâce à un densimètre, ce qui par la suite nous aidera à vérifier le taux d’alcool de la bière. Et afin justement de transformer le sucre en alcool durant la dernière phase, la fermentation, des levures sont ajoutés au moût. Le tout est versé dans une cuve de fermentation, équipée d’un barboteur qui permettra de laisser s’échapper le CO2 issu de la réaction alcoolique.

-Après 3 semaines à un mois, les levures ont cessé leur activités et il est alors temps mettre la bière en bouteille (capsulage), sans oublier d’y rajouter un peu de sucre (entre 4 et 7 g/L) afin de « réveiller » les derniers levures, qui vont le consommer. Rejetant du CO2 durant ce processus, ce dernier va se dissoudre dans le divin breuvage, ne pouvant pas cette fois s’échapper et ainsi donner son côté pétillant à la bière. Après 3 nouvelles semaines (ou plus suivant le type de bière) il sera enfin temps de déguster notre bonne bière maison, qui pour la première sera une blonde présentant une douce amertume et un net parfum fruité, plutôt dans les tons fruits rouges.

Voici en image notre dimanche spécial brassage, et pour les curieux et/ou les puristes, les deux recettes choisies : ici et .

C’est parti pour le brassage!

Yohann verse le moût à bouillir

Pesée du houblon

Houblon versé dans le moût en ébullition

Refroidissement du moût dans la glace Antarctique!

Filtration

Mesure de la densité

Levure versée pour activer la fermentation

C’est parti pour 3 semaines de fermentation!

 

A noter que nous avons (enfin surtout les 3 météos) lancé le 21 000ème ballon sonde de l’histoire de Dumont d’Urville! Comme je l’évoqué dans de précédents articles, l’une des taches des trois employés de Méteo France présents sur la base est le lancer quotidien d’un ballon sonde, dit PTH pour Pression, Température et Humidité. Ce ballon donne un profil vertical au dessus de DDU (jusqu’à 25 à 30 km d’altitude) des paramètres PTH. D’après les informations récupérées par Serge, notre Dista: « Le premier fut lancé à Port-Martin le 7 février 1951 par André Prudhomme. A l’époque, le suivi était réalisé par théodolite et à l’œil. D’après les archives, ce premier ballon avait été perdu de vue à une altitude de 730 mètres en pénétrant dans une couche de nuages bas (stratocumulus). »

Pour l’occasion, nos météos nous ont convié au lancer, qui à lieu chaque jour à 8h45. Sachez que ce ballon est monté à 27 696 mètres (record toute années de plus de 31 000 mètres) , a mesuré un vent maximum de 145 kt (environ 268km/h!) à 24 425 mètres d’altitude. Le soir, un apéritif dînatoire nous a été proposé au bureau des météos pour marqué le coup.

Alex prépare le ballon, gonflé à l’hélium.

Philippe marque un petit mot sur le ballon

Pendant qu’on observe sagement

Lancer du 21 000ème ballon!

Apéritif chez les météos. Notez les bandeaux rouges des membres du parti Nuit debout!

Elodie (premier plan), François et Etienne (second plan)

Données collectées par le ballon

Et si on parlait glaciologie ?

Kevin est le glaciologue de la TA67. Ses missions se partagent entre la chimie de l’atmosphère, notamment le suivi des concentrations d’ozone et de Soufre dans la troposphère (la première couche de l’atmosphère, entre le sol et environ 8 km au niveau des pôles), et le suivi du glacier de l’ Astrolabe.

Si l’Antarctique est un continent très sec, les rares précipitations de neige ont tout de même eu des millions d’années pour s’accumuler. Or le continent blanc n’est pas statique, la glace qui le compose à tendance à se mouvoir en direction des périphéries du continent, où le surplus est évacué à travers justement des glaciers qui jouent donc un rôle de régulateur. Ces derniers recrachent littéralement la glace sous forme d’icebergs qui se détachent et voguent au grès du courant, au contraire du glacier lui-même, toujours rattaché au continent.

Une des conséquences du réchauffement climatique est la fonte de ces glaciers. Leurs disparitions auraient de nombreuses conséquences fâcheuses comme une montée des eaux conséquentes (estimée à 1 mètre à la fin du siècle pour les seuls glaciers, donc sans compter une fonte du continent entier), un rejet d’eau douce dans la mer australe, ce qui perturberait les courants océaniques et l’écosystème antarctique et une accélération de la fonte du continent lui-même.

Voilà pourquoi Kevin relève une fois par mois les positions de plus de 250 balises, positionnées à divers endroits de la bordure du glacier, afin d’en mesurer sa vitesse d’écoulement et les variations d’épaisseur. Durant l’été austral, il va également plus loin sur le glacier (grâce aux hélicoptères pouvant alors voler dans de bonnes conditions) pour étoffer ces mesures. D’ailleurs à ces endroits-là, le glacier épouse parfaitement le relief sous-jacent, ce qui déforme la glace et crée des crevasses pouvant faire plusieurs dizaines de mètres de profondeur, ce qui rend le travail périlleux et oblige les glaciologues à s’encorder au cas où une crevasse serait cachée par une accumulation de neige. Le glacier de l’Astrolabe fait environ 16 km de long sur 6 de large. Kevin nous a de plus  appris que ce glacier se déplace par endroit de plus de 600 mètres par an, soit près de 2m par jour !

Le glacier borde l’île des Pétrels

Ces mesures demandent environ 3 heures de travail à Kevin, auquel il faut rajouter une heure de marche aller et retour jusqu’au Cap Prudhomme. Or en ce mois-ci le jour n’est présent que 4h, entre 10h30 et 14h30 et il nous est interdit de sortir hors de l’île des Pétrels durant la nuit. C’est pourquoi Kevin a monté une équipe pour l’épauler dans sa tâche. Lui, Aurélien et Dorian ont mesuré une partie des balises (hauteur et projection) ; Louis, Coline et moi-même l’autre partie. Dorian étant le mécanicien de la base (en plus d’être le benjamin de la TA67, 21 ans à peine le minot !), donc le référant en ce qui concerne les véhicules, nous avons pu emprunter un Kubota, petit engin sur chenilles permettant le transport de matériel et de personnes. Nous avons ainsi pu gagner du temps sur le trajet, ce kubota montant à la vitesse impressionnante de 25 km/h ! Bon il faut bien avouer qu’il n’est pas fait pour 6 personnes…On s’est donc un peu serré !

Encore une superbe journée avec une vue imprenable sur la banquise, un coucher de soleil sublimé par les quelques nuages faisant office de diffuseur de lumière et une nouvelle expérience à rajouter à mon année en Antarctique !

Louis mesure la projection d’un des marqueurs

Avec Louis et Coline sur la glace pure du glacier

Avec Louis et Coline sur la glace pure du glacier

A mon tour de mesurer!

Les coupains sur le glacier

On a marché sur l’Antarctique

Coucher de soleil, à 14h…

Bilan de la journée

le taxi du retour est là!

Taxi!

L’île des pétrels, c’est possible?

Allez on se serre à l’arrière!

 

La Mid-winter approche, l’élection du Onz’TA aussi!

Si les températures battent des records en métropole, annonçant un été rempli de barbecue, weekend à la plage et autres bières en terrasse, ici c’est le jour le plus court qui se profile, à savoir le 21 juin : le Soleil ne fera qu’effleurer l’horizon, se levant à 11h40 pour se coucher à 13h40. Deux heures durant lesquelles sa lumière sera de plus très faiblarde. Ce jour symbolique correspond aussi à la moitié de notre hivernage, ce qui doit donc être marqué comme il se doit ! C’est précisément ce à quoi sert la MID-WINTER, sorte de fête païenne traditionnelle durant une semaine autour du 21 Juin.

Point histoire : La midwinter, nom d’origine saxonne désignant le solstice d’été de l’hémisphère Nord, vient du premier hivernage du Britannique Robert Scott en 1902 (qui périra 10 ans plus tard sur le continent blanc lors de sa course épique contre le norvégien Amundsen pour la conquête du pôle Sud). Pour rompre avec la monotonie de l’hivernage et la rudesse des conditions de vie, un de ses lieutenant, Ernest Shackelton (qui deviendra célèbre pour sa fantastique épopée/mission survie en 1914), eut l’idée de créer et distribuer un journal relatant les évènements du campement et contenant des jeux. Il proposa également d’organiser une fête pour le 21 Juin afin de célébrer le basculement dans la deuxième moitié de l’hivernage. Cette initiative se popularisa petit à petit au sein de toute les expéditions, qui le personnalisèrent à leur guise.

 La Midwinter de la Terre Adélie, édition 67, débutera le lundi 19 Juin et s’achèvera le dimanche 25. Si le programme n’est pas encore totalement connu, nul doute que de nombreuses activités, jeux, sketchs…seront proposés. ET à cette occasion, un putsh se déroule : le chef de district, ou DISTA pour District de Terre Adélie, cède son siège de chef de mission lors de l’élection du Onz’TA (vous saisissez le jeu de mot ?). Le dépôt de candidature des listes s’est terminé il y a quelques heures à peine, le 31 mai à 18h, heure locale. Les pouvoirs de la liste vainqueur seront très étendus, toutefois la sécurité, l’ordre et l’administratif officiel (en relation avec l’Etat) resteront dans le giron de Serge, notre DISTA. En revanche, libre au vainqueur de changer durant cette semaine la vie sur base et nos routines, tant que cela ne remet pas en cause les domaines mentionnés précédemment. Retrouvez d’ailleurs ici le règlement de cette élection.

Sont candidats cette année :

  • Bertrand (chef centrale), Philippe (météo) et Vincent (météo) avec J.P.R, le Jeune Parti Révolutionnaire. Ici leur candidature officielle.
  • Alexandre (météo) et Pierre-Emmanuel (médecin) avec le T.A.R.N, Terres Adéliennes Révolutionnaires Nationales. Ici la candidature et leur programme.
  • Et nous !!!!! Dorian (mécanicien), Kevin (glaciologue), Etienne (menuisier) et moi-même (Lidar) sommes…NUIT DEBOUT !

Voici notre affiche officielle ainsi que notre programme (très détaillé comparé à nos concurrents, déjà un très bon point !). J’appelle d’ailleurs tous les lecteurs de ce blog convaincus par notre programme à nous soutenir, car cela comptera à l’heure du vote des citoyens de la Terre Adélie, lors du scrutin du dimanche 18 Juin. Pour cela, imprimez notre affiche et prenez-vous en photos avec dans tous les lieux que vous jugerez opportuns. Biensur tout autre initiative est la bienvenue (mention « Je suis Nuit debout DDU » ou autre, court message audio, etc…).

D’ici là, nous mèneront campagne durant les trois semaines à venir, guidés par l’idée que le projet économique et social du collectif Nuit Debout, centré sur l’humain et le partage, saura convaincre les électeurs. Résultat le 18 Juin ! Petite précision si cela était nécessaire, c’est bien entendu une élection dans la plus franche camaraderie! Où tout les coups sont cependant permis, notamment la corruption active à base de menaces de coupures réseau ou de la centrale, promesses de gâteaux, de jours heureux, de plein emploi…

La jeune fille et l’oeuf

Le poste que j’occupe, celui de responsable de l’instrument LIDAR, est quelque peu particulier. En effet, basé sur la détection de phénomènes optiques de hautes altitudes peu intenses, il nécessite de travailler de nuit afin de maximiser le signal obtenu et ne pas être ébloui par la lumière du jour. La problématique est que de janvier à Juin, la durée du jour baisse inexorablement jusqu’à fin Juin. A titre d’exemple, il n’y a que 9h d’ensoleillement pour le mois de Juin entier. Cela a deux conséquences pour moi : la première est que ma plage de travail grandit sans cesse au fur à et à mesure. Alors que j’effectuais des mesures entre 23h et 3h du matin début mars, elles s’étendent actuellement de 18h à 6h du mat. Les jours où les nuages bas sont trop denses ou les chutes de neiges trop intenses constituent des pauses salutaires car le laser est alors inopérant. En juin ma plage de travail potentielle s’étendra de 15h à 10h le lendemain (pour limiter les risques de saturation, mes manips commencent un certain temps après le coucher du soleil et s‘arrête également avant le lever). Ce qui m’amène à la deuxième conséquence : le sommeil, qui est pour moi assez anarchique en ce moment car chaque mois nous perdons 3h30 de soleil, ce qui décale mes heures de travail et donc de « nuit ». A peine je trouve un rythme qu’il change quelques jours plus tard. Au-delà de la fatigue, cela me décale totalement du rythme de la base et cela ne fait qu’empirer et malgré toute ma volonté pour participer à toute les activités de groupe, je me sens parfois un peu isolé, non pas par la faute de mes camarades qui sont tous très attentionnés, mais tout simplement car je peux passer plusieurs jours consécutifs en ne croisant que quelques personnes furtivement.

Une journée typique en ce moment est la suivante : fin de la manip à 5h30, début de sommeil vers 6h30 (qui est parfois interrompu par le réveil de mes co-hivernants se levant entre 7 et 8h, me poussant de temps en temps à dormir dans mon labo sur quelques couettes entassées), levé autour de 13h, je lance mes routines quotidiennes au labo avant d’aller manger au séjour vers 14h, seul vu que le repas commun à lieu à 12h. Après un peu de sport pendant une heure (ou j’ai parfois la chance de croiser des gens !) ou alors si j’en ai le temps une petite marche sur la banquise, je retourne au travail analyser les données des jours précédents. Or la nuit arrive très vite, dès 18h je relance ma manip, ce qui la plupart du temps m’empêche également de prendre le repas du soir avec les autres personnes, repas que je prends sur le pouce un peu plus tard dans la soirée. Et autant dire que les dimanches ou les jours fériés n’existent pas car ils n’existent pas non plus pour les nuages au-dessus de DDU. Les jours de tempêtes sont donc bienvenue pour stopper ce cycle qui, répété plusieurs jours consécutifs, me donne un sentiment d’isolement assez désagréable, renforcé par le fait que cela me fait régulièrement rater les soirées organisées au séjour (jeux, films, soirées du vendredi ou du samedi…).

Si généralement, les longues heures passées dans la nuit Antarctique sont pour moi très agréables car  me permettent soit d’observer les étoiles soit de vaquer à diverses occupations (apprentissage du perse, écriture, lecture, travail), elles m’ont récemment plutôt plonger dans une légère mélancolie. Bien que cela puisse paraître ironique, j’ai eu l’impression que mes co-hivernants me manquaient, alors que nous sommes « coincés » sur une petite île. Comme l’impression également que, malgré toute l’attention qu’ils me portent et toute l’affection que j’ai pour eux, ils ne pourront pas comprendre cette étrange situation. A leur décharge, Il faut dire que je n’en parle pas plus que ça, mis à part deux ou trois personnes aujourd’hui assez proches, car chaque poste apporte son lot de difficultés et après tout ils n’y sont absolument pour rien alors à quoi bon se plaindre ?  J’appréhende les mois de juin et juillet, qui seront encore pire en terme de décalage horaire.

Pourtant, ce léger spleen lidarien n’aura pas duré très longtemps. La magie de l’Antarctique et une petite dose de relativisme ont vite chassé ces états d’âmes. Alors que ma longue série de nuits s’achevait, j’ai suivi avec Etienne les ornithologues (Elodie et Coline) à la manchotière. Les Empereurs se sont regroupés et sont quasiment au complet, avec plus de 7000 individus ! Observer les longues colonnes de manchots arrivant toute au même endroit années après années fut déjà un grand moment mais ce jour-là fut très spécial, nous avons vu le premier œuf ! Alors que Coline et moi étions en train d’observer les copulations (et oui il faut les dénombrer et c’est plutôt drôle car ils ne sont pas très habiles ces manchots, c’est le moins que l’on puisse dire…), nous vîmes Elodie s’affoler et courir vers la base chercher son matériel d’écoute.

Elodie et Etienne devant la manchotière

Les manchots se serrent pour affronter le froid

 

« Un des marqués à un œuf ! J’espère voir la passation » nous dit Elodie.

En effet, si voir le premier œuf est un événement, il l’est d’autant plus pour Elodie car la femelle du couple est un des 50 manchots qu’elle a marqué (sur 7000 rappelons-le) avec de la peinture, et qui fait donc partie de ceux qu’elle suit plus particulièrement. Un beau coup de bol en somme. Elle écoute alors le chant du couple pendant que j’essaie désespérément de prendre une photo de cet évènement, la passation de l’œuf, durant lequel la femelle portant l’œuf entre ses pattes et sous son ventre, le passe au mâle sans le faire toucher le sol glacé, avant de partir pour plus de 3 mois chercher de la nourriture. Le mâle attendra son retour, couvant l’œuf et jeunant durant ces 3 mois voire plus, perdant près de la moitié de son poids. Mais le vent était très fort, le froid intense, et mes mains congelées ne m’ont permis de réaliser que quelques photos pas très nettes…Pas grave nous avons vu le premier œuf ! Espérons que ce futur poussin manchot, prénommé Chardonnay (du nom de la bouteille que nous avons ouvert en son honneur) aura une longue vie ! Un moment incroyable, rendu encore plus fort par le départ assez émouvant de la femelle, qui après son départ, pas une fois s’est retournée, consciente que le temps joue contre elle. Rien, si ce n’est la mort, ne pourra à présent la détourner de son but : revenir gavée de nourriture pour le poussin et permettre au mâle de partir à son tour pour refaire ses stocks dangereusement entamés. Impossible de ne pas anthropomorphiser cet instant, bien que cela ne soit pas très scientifique je le concède, mais cette force, cette volonté, ce combat pour la vie me fait relativiser beaucoup de choses.

Le couple heureux parents, la femelle est « marquée »

Elodie écoute chanter un couple d’Empereur

Et voici le premier œuf!

 

La passation a eu lieu, le mâle a à présent l’oeuf

Quelques jours plus tard, alors que je fouillais dans l’immense bazar des malles qui m’ont accompagnée, j’ai retrouvé les photos et les dessins que m’avait envoyés Glendy, une jeune fille  hondurienne de 10 ans que j’ai parrainé pendant trois ans et avec qui j’ai un temps correspondu. Cette jeune fille est avide de connaissance et ses parents se battent contre la désertification des infrastructures publiques au Honduras, en particulier des écoles, pour pouvoir offrir à leurs enfants une éducation digne de ce nom. Faute de personnel, Glendy avait dû interrompre sa scolarité alors qu’elle excellait dans toute les matières et ne demandait qu’à apprendre. Ces lettres, en plus de raviver en moi des souvenirs émus, m’ont rappelé ce qui me motive profondément, à savoir la diffusion de la connaissance et le combat pour l’éducation, rempart essentiel selon moi contre l’obscurantisme et l’intolérance qu’engendre l’ignorance. Et cela me suffit largement à relancer la machine : me voilà de nouveau prêt à affronter, que dis-je, profiter de mes longues nuits en Antarctique, car au-delà de ma personne, le message en faveur de l’éducation et de la science dont je souhaite être un humble émissaire est un moteur incroyable.

Je vous laisse avec des moments de joies partagés récemment avec mes compagnons d’aventures : pèle-mêle une partie de foot sur la piste du lion, une journée sud-ouest (que j’ai organisé avec Alexandre from Toulouse), une soirée antagoniste (cherchez les couples), une émission radio que je co-anime avec Elodie, un coucher de soleil et notre photo de groupe officielle !

Ma co-animatrice, Elodie

Le pull rose, marque des animateurs de Skuarock Radio!

Qu’est ce qu’on rigole dis donc! Photo: François Mariotti

La rubrique horoscope de Kevin et Coline

Coucou Elo! Photo: François Mariotti

L’invité, Etienne, ne se laisse pas abattre

Championnat Antarctique! Photo: Coline Marciau

Duel avec Louis. Photo: Coline Marciau

Ouh le bel extérieur de Kevin!

Coucher de soleil sur la banquise avec Coline et Yohann

Le roi Lion donne…L’empereur manchot

La TA67 au complet!

 

Soirée antagoniste

Journée Sud Ouest!

Alex, Coline et oim!

Lancer de bûche by Paul

Lancer de…charentaises

Course de paquito