Le dessous des cartes

Des siècles de tâtonnements

Avant de rentrer plus en détail sur la découverte et l’exploration du continent blanc, arrêtons-nous d’abord sur sa formation. Comment s’est-il retrouvé isolé à des latitudes si basses pour être aujourd’hui le continent le plus méridional de la planète ?

La découverte de l’Amérique et l’exploration de ses côtes, fin XVème-début XVIème siècle, a rapidement fait naitre l’idée selon laquelle les continents n’ont pas toujours été séparés. En effet les côtes de l’Amérique et de l’Afrique semblent pouvoir s’imbriquer comme des pièces de puzzle. Cependant dans le contexte de l’époque, où l’on pouvait passer fissa de l’état vivant à carbonisé pour des idées aussi loufoques et blasphématoires que celle de l’existence d’une « infinité de Terres et de Soleils » (R.I.P Giordano Bruno…), pas facile d’affirmer tout ça haut et fort.

En 1620, Sir Francis Bacon se doute dans son Novum Organum  que cette curiosité ne peut être due au hasard et en 1658, le prête François Placet d’affirmer dans  La Corruption du grand et du petit monde que l’Amérique n’a pas été toujours détachée des autres continents, et que seul le déluge a pu les séparer (oui bin c’était un prêtre quand même…).

La première carte des continents recollés, tenant compte des similitudes des côtes et des plantes fossiles retrouvées dans des couches carbonées, apparait en 1858 dans la Création et ses mystères dévoilés du Français Antoine Snider-Pellegrini. En 1882, Osmond Fisher propose l’idée que les continents se sont séparés à la suite de l’arrachage d’un énorme morceau de la Terre, qui constituera la Lune, depuis une fosse profonde du Pacifique et ce par la force d’attraction d’un gigantesque objet céleste passant à proximité. Bon, la science c’est aussi des hypothèses qui font plouf à la fin…On peut quand même lui reconnaitre une bonne dose d’audace !

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Cartes de Snider-Pellegrini, datant de 1858, proposant un schéma de réunification des continents

La solution : la dérive des continents

Le climatologue Allemand Alfred Wegener, non content de détenir le record du monde d’aérostation en ballon libre (52 heures, avis aux amateurs !), proposa en 1915 la théorie de la dérive des continents dans son ouvrage L’origine des continents et des océans, à partir de nombreuses observations :

  • géologique : Wegener retrouve des roches aux mêmes caractéristiques de part et d’autre de l’Atlantique,
  • géodésique : lors de ses expéditions, il observe que le Groenland se déplace années après années. Les continents (SIAL-Silice et Aluminium), plus légers que le fond océanique (SIMA-Silicium et Manganèse) se déplacent à la surface de la Terre,
  • paléontologiques : il montre que des fossiles d’animaux comme le Mesosaurus ou le Lystrosaurus sont présents sur des continents différents,
  • paléoclimatiques : Il été avéré à l’époque que le climat avait énormément évolué tout au long de l’histoire de la Terre. L’Europe avait par exemple abritée dans son passé des forêts tropicales et l’Australie des glaciers. Wegener pensa que cette modification du climat pouvait être la conséquence d’un changement de l’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre, modifiant l’exposition des continents au Soleil. Mais cela aurait dû nécessairement être provoqué par un évènement astronomique majeur, dont il n’existait aucune preuve. Wegener conclut que cela ne pouvait alors s’expliquer que par la dérive des continents à partir d’une terre unique, qu’il nomma la Pangée, pour « toute les terres » en grec.

Ainsi naquit la théorie de la dérive des continents, qui rencontra cependant une forte opposition. Ce n’est que dans les années 50 que la théorie de Wegener (mort en 1930 au Groenland) fut confirmée et complétée par le modèle de la tectonique des plaques, qui explique que la surface de la Terre est constituée de plusieurs plaques reposant sur une couche visqueuse appelée l’asthénosphère et se déplaçant les unes par rapports aux autres.

Au final, et pour en revenir à notre sujet principal, la position de l’Antarctique est la conséquence d’une succession de regroupement et séparation des continents que l’on peut résumer ainsi pour le dernier milliard d’année :

  • Dislocation d’un unique continent il y a environ 600 millions d’année en trois blocs,
  • Regroupement progressif de ces trois blocs pour reformer un continent unique, la Pangée,
  • Séparation de la Pangée en deux il y a environ 140 millions d’années : la Laurasia, constitué de l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie et le Gondwana, comprenant l’Antarctique, l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Australie, l’Inde,
  • Détachement de l’Inde il y a environ 70 millions d’années et dérive vers le nord, suivi par l’Australie 20 millions d’années plus tard. Le bloc restant se dirige vers le pôle Sud,
  • Enfin, l’Antarctique se retrouve isolé et centré sur le Pôle Sud suite au détachement successifs de l’Afrique et de l’Amérique du Sud il y a environ 40 millions d’années.
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Dérive des continents au cours des 200 derniers millions d’années.

 

 A noter que la séparation entre l’Amérique du Sud et l’Antarctique, donnant naissance au détroit de Drake, a eu pour conséquence l’apparition d’un courant circumpolaire, puissant courant océanique de surface circulant autour du continent et l’isolant des eaux chaudes plus au Nord. Progressivement, la température de l’Antarctique chutant, la glaciation effaça la forêt luxuriante au profit d’une calotte de glace. Ce processus prit près de 15 millions d’années.

Selon une étude parue dans Nature en 2012, compte tenu des rythmes de déplacement actuels des plaques, il pourrait y avoir une fusion de l’Amérique du Nord et de l’Eurasie d’ici une centaine de millions d’années. Indépendamment de cette étude, le géologue Christopher Scotese a estimé que le prochain regroupement en un unique continent pourrait avoir lieu dans environ 250 millions d’années. Cependant ces modèles prédictifs ne sont pas sans simplifications, nécessaires à tout travail de modélisation faisant entrer des dizaines de variables, et tous s’accordent à dire que les prédictions au-delà de 50 millions d’années restent incertaines.

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