Ça ne brasse pas que du vent à DDU !

Parmi mes hobbies se trouve le brassage de bière artisanale. Dès que mon recrutement par l’Institut Polaire fut confirmé, j’ai de suite imaginé brasser à partir de la glace antarctique : quoi de plus noble que de faire un breuvage à partir d’eau multi-millénaire ! J’ai donc apporter de quoi satisfaire la curiosité autant que le gosier de mes camarades : malt, houblons, levures et matériel divers (cuve de fermentation, densimètre, thermomètre, capsules…).

La bière est (principalement) élaborée à partir d’orge, qui subit un procédé de maltage, dont le but est d’obtenir un grain friable à partir d’un grain dur. Plus le malt sera grillé, plus il donnera une couleur foncée à la bière. Il existe plusieurs procédés pour brasser de la bière mais nous pouvons résumer le processus ainsi :

-le malt (ou les mélanges de malt suivant la recette voulu) est d’abord concassé afin de faciliter l’extraction de l’amidon de la céréale. Le produit du concassage est versé dans de l’eau qui sera progressivement amenée à différents paliers de températures : c’est l’empatage. Cette étape active certaines protéines du malt, transformant alors l’amidon en sucre (fermentescibles et non fermentescibles).

-Une première filtration sépare les céréales gorgées d’eau, les drêches, du liquide sucré appelé le mout. L’étape suivante consiste à ajouter le houblon au moût, ce qui déterminera l’amertume et les arômes de la bière. Or les composés du houblon (les acides alpha et beta) sont très peu solubles dans l’eau froide. C’est pourquoi il faut porter le moût à ébullition pendant une durée tournant autour de 80 minutes. Le temps (et donc les différentes durées possibles) durant lequel est laissé le houblon dans le moût bouillant permet de choisir le niveau d’amertume et aromatique de la bière.

-Le moût est ensuite refroidi, le plus rapidement possible pour éviter toute contamination (le brassage nécessite une hygiène rigoureuse) puis filtré. La densité du moût est alors mesurée grâce à un densimètre, ce qui par la suite nous aidera à vérifier le taux d’alcool de la bière. Et afin justement de transformer le sucre en alcool durant la dernière phase, la fermentation, des levures sont ajoutés au moût. Le tout est versé dans une cuve de fermentation, équipée d’un barboteur qui permettra de laisser s’échapper le CO2 issu de la réaction alcoolique.

-Après 3 semaines à un mois, les levures ont cessé leur activités et il est alors temps mettre la bière en bouteille (capsulage), sans oublier d’y rajouter un peu de sucre (entre 4 et 7 g/L) afin de « réveiller » les derniers levures, qui vont le consommer. Rejetant du CO2 durant ce processus, ce dernier va se dissoudre dans le divin breuvage, ne pouvant pas cette fois s’échapper et ainsi donner son côté pétillant à la bière. Après 3 nouvelles semaines (ou plus suivant le type de bière) il sera enfin temps de déguster notre bonne bière maison, qui pour la première sera une blonde présentant une douce amertume et un net parfum fruité, plutôt dans les tons fruits rouges.

Voici en image notre dimanche spécial brassage, et pour les curieux et/ou les puristes, les deux recettes choisies : ici et .

C’est parti pour le brassage!

Yohann verse le moût à bouillir

Pesée du houblon

Houblon versé dans le moût en ébullition

Refroidissement du moût dans la glace Antarctique!

Filtration

Mesure de la densité

Levure versée pour activer la fermentation

C’est parti pour 3 semaines de fermentation!

 

A noter que nous avons (enfin surtout les 3 météos) lancé le 21 000ème ballon sonde de l’histoire de Dumont d’Urville! Comme je l’évoqué dans de précédents articles, l’une des taches des trois employés de Méteo France présents sur la base est le lancer quotidien d’un ballon sonde, dit PTH pour Pression, Température et Humidité. Ce ballon donne un profil vertical au dessus de DDU (jusqu’à 25 à 30 km d’altitude) des paramètres PTH. D’après les informations récupérées par Serge, notre Dista: « Le premier fut lancé à Port-Martin le 7 février 1951 par André Prudhomme. A l’époque, le suivi était réalisé par théodolite et à l’œil. D’après les archives, ce premier ballon avait été perdu de vue à une altitude de 730 mètres en pénétrant dans une couche de nuages bas (stratocumulus). »

Pour l’occasion, nos météos nous ont convié au lancer, qui à lieu chaque jour à 8h45. Sachez que ce ballon est monté à 27 696 mètres (record toute années de plus de 31 000 mètres) , a mesuré un vent maximum de 145 kt (environ 268km/h!) à 24 425 mètres d’altitude. Le soir, un apéritif dînatoire nous a été proposé au bureau des météos pour marqué le coup.

Alex prépare le ballon, gonflé à l’hélium.

Philippe marque un petit mot sur le ballon

Pendant qu’on observe sagement

Lancer du 21 000ème ballon!

Apéritif chez les météos. Notez les bandeaux rouges des membres du parti Nuit debout!

Elodie (premier plan), François et Etienne (second plan)

Données collectées par le ballon

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3 Commentaires sur "Ça ne brasse pas que du vent à DDU !"

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Kewin
Invité
Kewin

Yes !!
Alors vous avez utilisez l’eau des glaciers pour le brassage ? J’espère que t’en ramèneras quelques unes qu’on puisse en goûter !

Maman
Invité
Maman

tu l avais dit Erwan que tu ferais de la bière, j espère que tu as épaté tous tes collègues mon fils , pense a nous en ramener une . Cela sera une biére collector
grosses bises

Laure R
Invité
Laure R

Il l’a fait!
Une promesse est une promesse, nous attendons avec impatience de gouter notre première bière en provenance du Pôle!!!
Bises

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